En bref

  • Devant un nom, « tout » est déterminant et s'accorde toujours.
  • Devant un adjectif, il est adverbe et reste invariable, sauf devant un féminin commençant par une consonne.
  • « Elle est tout étonnée » mais « elle est toute honteuse » : c'est la seule exception à retenir.

« Tout » est l’un des mots les plus fréquents de la langue, et l’un des rares dont la nature change selon la place. Il est tour à tour déterminant, pronom, nom et adverbe. C’est pour cela que la règle paraît confuse : ce n’est pas une règle, ce sont quatre emplois différents.

Trois questions suffisent à trancher n’importe quel cas.

Question 1 : « tout » est-il suivi d’un nom ?

Alors c’est un déterminant, et il s’accorde avec ce nom. Sans exception.

FormeExemple
touttout le village, tout homme
toutetoute la journée, toute personne
toustous les jours, tous les élèves
toutestoutes les nuits, toutes les pages

C’est le cas le plus simple et le plus fréquent. « Tout le jour » et « tous les jours » ne s’opposent pas par une règle particulière : le nom passe du singulier au pluriel, le déterminant suit.

Petit repère à l’oral : dans cet emploi, le « s » de « tous » ne se prononce pas. « Tous les jours » se dit tou les jours.

Question 2 : « tout » remplace-t-il un nom ?

Alors c’est un pronom, et il s’accorde avec ce qu’il remplace.

  • Les invités sont arrivés : ils sont tous là.
  • J’ai relu les pages : toutes étaient annotées.
  • Tout est prêt. (neutre, sans référent précis)

Ici, le « s » de « tous » se prononce : « ils sont touss venus ». C’est le moyen le plus rapide de distinguer le pronom du déterminant à l’oral, et il ne trompe pratiquement jamais.

Question 3 : « tout » est-il suivi d’un adjectif ?

Alors c’est un adverbe, il signifie « entièrement », et il est invariable.

  • Ils sont tout contents.
  • Elle est tout étonnée.
  • Elles sont tout émues.

Le test est immédiat : remplacez par « entièrement ». Si la phrase tient, c’est l’adverbe.

Elle est entièrement étonnée → l’adverbe convient → tout étonnée.

L’exception, et c’est la seule

L’adverbe « tout » est invariable, sauf devant un adjectif féminin commençant par une consonne ou un h aspiré. Dans ce cas seulement, il prend la marque du féminin.

CasFormeExemple
Féminin, adjectif à initiale vocaliqueinvariableelle est tout étonnée
Féminin, adjectif à initiale consonantiqueaccordelle est toute contente
Féminin, adjectif à h aspiréaccordelle est toute honteuse
Féminin, adjectif à h muetinvariableelle est tout heureuse
Masculin, quelle que soit l’initialeinvariableils sont tout contents

Cette exception n’a rien d’arbitraire : elle vient de l’oral. Devant une voyelle, la liaison fait déjà entendre le mot ; devant une consonne, il fallait autre chose pour marquer le féminin, et la langue a conservé l’accord.

Le cas de l’h demande la même vigilance que partout ailleurs en français : honteuse commence par un h aspiré, donc accord ; heureuse par un h muet, donc pas d’accord.

Les pièges qui reviennent

« Tout autre ». Le sens décide. « Une tout autre affaire » signifie « une affaire entièrement différente » : c’est l’adverbe, invariable. « Toute autre solution serait pire » signifie « n’importe quelle autre solution » : c’est le déterminant, et il s’accorde.

« Tout » devant un nom employé comme adjectif. « Elle est tout sourire », « ils sont tout ouïe » : le mot reste invariable, l’expression étant figée.

« En tout et pour tout », « à tout hasard », « en tout cas ». Ce sont des locutions figées ; on ne leur applique pas la règle, on les retient telles quelles.

Le réflexe à garder

Devant un nom, on accorde. Il remplace un nom, on accorde. Devant un adjectif, on n’accorde pas — sauf féminin à initiale consonantique.

C’est un mécanisme comparable à celui d’autres accords qui dépendent de la fonction plutôt que du sens, comme l’accord de « quel que soit » ou celui de « ci-joint ». Dans les deux cas, la question utile n’est pas « qu’est-ce que ça veut dire » mais « quelle est sa nature ici ».

« Tout » comme nom, le quatrième emploi

On l’oublie, mais « tout » s’emploie aussi comme nom commun, précédé d’un déterminant. Il prend alors un s au pluriel.

  • Le tout est plus grand que la somme des parties.
  • Elle a acheté le lot : plusieurs touts disparates.
  • Risquer le tout pour le tout.

C’est un emploi rare, mais il explique une graphie qui surprend : « des touts » est correct, quand il désigne des ensembles.

Les locutions à mémoriser telles quelles

Certaines expressions figées échappent au raisonnement et se retiennent par l’usage. Les hésitations portent presque toujours sur les mêmes.

LocutionForme correcte
en tout casen tout cas, jamais « en tous cas »
en tout et pour toutinvariable
à tout hasardinvariable
de toute façonsingulier
toutes proportions gardéespluriel
à tous égardspluriel
en toute circonstanceles deux nombres se rencontrent
tous les deux jourspluriel

« En tout cas » est le piège le plus fréquent : le pluriel « en tous cas » se rencontre à l’écrit, mais la forme établie est le singulier.

Trois phrases pour vérifier qu’on a compris

Testez le raisonnement plutôt que la mémoire.

Elles sont ( tout / toutes ) surprises.

Surprises est un adjectif, donc adverbe ; il commence par une consonne, mais s n’est pas… si, c’est bien une consonne : accord. → toutes surprises.

Elles sont ( tout / toutes ) heureuses.

Heureuses commence par un h muet, traité comme une voyelle : pas d’accord. → tout heureuses.

( Tout / Tous ) les invités sont venus, et ils sont ( tout / tous ) repartis contents.

Le premier précède un nom, donc déterminant qui s’accorde. Le second remplace le nom, donc pronom qui s’accorde — et son s se prononce. → Tous les invités… ils sont tous repartis.

Le mécanisme est toujours le même : identifier la nature, l’accord suit. C’est la démarche que nous appliquons aussi à l’accord du participe passé avec avoir et aux adjectifs de couleur, deux règles réputées difficiles qui deviennent simples dès qu’on cesse de raisonner sur le sens.

Questions fréquentes

Écrit-on « elle est tout étonnée » ou « toute étonnée » ?

« Tout étonnée », sans accord. Devant un adjectif, « tout » est adverbe et signifie « entièrement » : il reste invariable. L'exception ne joue que devant un féminin commençant par une consonne ou un h aspiré, où l'on écrit « toute honteuse ».

Pourquoi « tous les jours » mais « tout le jour » ?

Parce que le nom change de nombre. Devant un nom, « tout » est déterminant et s'accorde avec lui : « tout le jour » au singulier, « tous les jours » au pluriel. Le raisonnement est le même que pour n'importe quel déterminant.

Comment savoir si « tout » est adverbe ?

Remplacez-le par « entièrement » ou « complètement ». Si la phrase tient, il s'agit de l'adverbe, et il est invariable — sous réserve de l'exception devant un féminin à initiale consonantique. Si le remplacement ne fonctionne pas, « tout » est déterminant ou pronom, et il s'accorde.

Comment se prononce le « s » de « tous » ?

Il ne se prononce pas quand « tous » est déterminant devant un nom : « tous les jours ». Il se prononce quand « tous » est pronom et remplace le nom : « ils sont tous venus ». C'est un bon indice à l'oral pour distinguer les deux emplois.

Sources et méthode

  • Usage grammatical établi du français concernant les emplois de « tout »