En bref

  • Remplaçable par « lui » ? C'est le pronom personnel : il ne prend jamais de -s.
  • Placé devant un nom ? C'est le déterminant possessif : il s'accorde avec ce nom, pas avec les possesseurs.
  • Avec un article — « le leur », « les leurs » — c'est le pronom possessif, qui varie.
  • Un objet par personne admet le singulier comme le pluriel : l'usage accepte les deux.

Une seule question tranche, et elle vaut dans tous les cas : peut-on remplacer le mot par « lui » ? Si oui, c’est le pronom personnel, qui ne prend jamais de -s. Sinon, c’est le déterminant possessif, qui s’accorde avec le nom qui le suit.

La question qui tranche, et pourquoi elle fonctionne

Le français emploie la même suite de lettres pour deux mots sans rapport de nature. L’un remplace un groupe de personnes à qui l’on s’adresse ou à qui l’on donne quelque chose. L’autre indique à qui appartient l’objet dont on parle.

Le test de substitution par « lui » fonctionne parce qu’il fait passer la phrase au singulier. Seul le pronom personnel a « lui » pour équivalent singulier ; le déterminant, lui, se transforme en « son » ou en « sa ».

Je leur ai écrit hier. → Je lui ai écrit hier. Pronom, donc invariable. J’ai lu leur lettre. → J’ai lu sa lettre. Déterminant, donc accordable.

Un repère plus rapide encore consiste à regarder le mot suivant. Un verbe ou un autre pronom annonce le pronom personnel. Un nom annonce le déterminant. Ce raccourci suffit dans l’immense majorité des phrases, et le test par « lui » sert de vérification en cas de doute.

Ce qui suitNature du motMarque du plurielExemple
un verbepronom personneljamaisje leur parle
un autre pronompronom personneljamaisje leur en parle
un nom singulierdéterminant possessifnonleur décision
un nom plurieldéterminant possessifouileurs décisions
rien, après un articlepronom possessifselon le nombrele leur, les leurs

Cette dépendance à la position n’est pas une bizarrerie isolée : nous décrivons un mécanisme voisin dans notre article sur l’accord de « ci-joint » selon sa place dans la phrase.

Le pronom personnel : invariable, sans exception

Ce « leur » signifie « à eux » ou « à elles ». Il occupe la fonction de complément d’objet indirect, et il se place devant le verbe dont il dépend.

Ces clients attendent une réponse : je leur téléphone demain. Le professeur leur a rendu les copies. Nous allons leur proposer un autre créneau.

Deux positions font parfois hésiter. Devant un infinitif, le pronom se glisse juste avant celui-ci : « je vais leur écrire », et non « je leur vais écrire ». À l’impératif affirmatif, il passe derrière le verbe avec un trait d’union : « parle-leur », « donne-leur le dossier ».

La graphie « leurs » devant un verbe n’existe pas. C’est l’erreur la plus répandue, et elle vient d’une confusion compréhensible : on écrit un -s parce qu’on pense à plusieurs personnes. Or le pronom ne porte jamais la marque du nombre, exactement comme « lui », « me » ou « nous », qui ne varient pas non plus.

Ce pronom ne commande pas davantage l’accord du participe passé, puisqu’il est complément d’objet indirect. Dans « les factures que je leur ai transmises », l’accord se fait avec « que », mis pour « les factures » ; le mécanisme est détaillé dans notre article sur l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir.

Le déterminant possessif : il s’accorde avec ce qui suit

Ce « leur » accompagne un nom et indique la possession. Il fonctionne comme « mon », « ton » ou « son », à ceci près qu’il renvoie à plusieurs possesseurs.

Le point qui décide de l’accord tient en une phrase : le déterminant s’accorde avec l’objet possédé, jamais avec les possesseurs. Le nombre de personnes concernées n’entre pas dans le calcul.

Les habitants ont voté : leur décision est sans appel. Une décision, singulier. Les habitants ont exposé leurs arguments. Plusieurs arguments, pluriel.

Le test par « son » et « ses » lève tous les doutes. Si la version au singulier donne « sa décision », on écrit « leur décision » ; si elle donne « ses arguments », on écrit « leurs arguments ». Cette substitution rend visible ce que l’oreille ne distingue pas, à la manière du test qui sépare « a » de « à ».

Un piège mérite l’attention : certains noms ressemblent à des verbes. « Leur devoir », « leur pouvoir », « leur travail », « leur dire » dans un emploi nominal sont bien des groupes déterminant plus nom. Le mot suivant décide, pas l’apparence.

Singulier ou pluriel : le cas où les deux se défendent

Reste la vraie difficulté, celle que les mémentos escamotent : quand plusieurs personnes possèdent chacune un exemplaire d’une même chose, faut-il le singulier ou le pluriel ?

SituationForme attendueExemple
Objet unique, partagé par toussingulierles élèves et leur professeur
Un exemplaire par personneles deux se disentils ont mis leur manteau ou leurs manteaux
Plusieurs exemplaires par personneplurielils ont perdu leurs clés
Nom sans singulier possibleplurielils ont invité leurs parents
Notion abstraite dans une locution figéesingulierils ont pris leur temps

Le deuxième cas est le seul réellement flottant, et l’usage y accepte les deux formes. Le singulier envisage la relation individuelle : chacun son manteau. Le pluriel envisage l’ensemble des objets concernés. Les grammaires de référence enregistrent cette hésitation plutôt que de la trancher.

Une seule contrainte s’impose alors : la cohérence à l’intérieur d’un même texte. Écrire « ils ont pris leur voiture » puis « ils ont garé leurs voitures » à trois lignes d’écart donne une impression de flottement, même si chaque phrase est correcte isolément.

« Le leur », « les leurs » : le pronom possessif

Précédé d’un article défini, le mot change encore de nature. Il ne complète plus un nom, il le remplace.

Notre proposition et la leur se rejoignent sur un point. Nos résultats progressent, les leurs stagnent. Ce dossier n’est pas le mien, c’est le leur.

Ce pronom possessif varie en nombre, comme « le mien » et « les miens ». Le -s de « les leurs » n’a donc rien à voir avec celui du déterminant : il suit l’article, qui donne le nombre.

L’expression « les leurs » au sens de « leurs proches » relève du même emploi : « ils sont rentrés parmi les leurs ». Elle est figée au pluriel.

Trois phrases pièges, corrigées

« Je leur ai rendu leurs clés. » Les deux formes cohabitent dans la même phrase et se justifient séparément. Le premier précède un verbe : pronom, invariable. Le second précède un nom pluriel : déterminant, accordé.

« Ils leur en ont parlé longuement. » Deux pronoms se suivent. Aucun ne prend de marque, et le test confirme : « il lui en a parlé ».

« Leur ayant écrit, j’attends leur réponse. » Le premier introduit un participe présent, donc un verbe : invariable. Le second détermine « réponse », nom singulier : pas de -s non plus, mais pour une tout autre raison.

Retenez le raccourci, il couvre tout le reste : un verbe derrière, jamais de -s ; un nom derrière, l’accord se règle sur ce nom.

Questions fréquentes

Écrit-on « je leur ai dit » ou « je leurs ai dit » ?

« Je leur ai dit », toujours, sans -s. Ici, leur est un pronom personnel qui signifie « à eux » ou « à elles ». Le test le confirme : mis au singulier, la phrase donne « je lui ai dit ». Un pronom personnel de ce type est invariable, et la graphie « leurs » devant un verbe n'existe pas.

« Ils ont pris leur voiture » ou « leurs voitures » ?

Les deux se disent et se défendent. Le singulier souligne que chacun n'en possède qu'une, ou qu'il s'agit d'une seule voiture commune. Le pluriel envisage l'ensemble des voitures concernées. L'usage est flottant sur ce point précis, et aucune des deux formes n'est fautive : choisissez et restez cohérent dans le même texte.

Pourquoi « les leurs » prend-il un -s ?

Parce que ce n'est plus le pronom personnel, mais le pronom possessif, reconnaissable à l'article qui le précède. Il remplace un nom au lieu de l'accompagner, et il varie en nombre comme « le mien » et « les miens » : « notre projet et le leur », « nos projets et les leurs ».

Comment trancher en une seconde ?

Regardez le mot qui suit. S'il s'agit d'un verbe ou d'un autre pronom, vous avez le pronom personnel invariable : « je leur en parle ». S'il s'agit d'un nom, vous avez le déterminant, qui prend la marque du pluriel si ce nom est au pluriel : « leurs arguments ».

Le participe passé s'accorde-t-il avec « leur » ?

Jamais. Le pronom personnel leur est un complément d'objet indirect, et seul un complément d'objet direct placé avant le verbe commande l'accord du participe. Dans « les lettres que je leur ai envoyées », l'accord se fait avec « que », mis pour « les lettres », et non avec leur.

Sources et méthode

  • Règles d'emploi du pronom personnel « leur » et du déterminant possessif « leur / leurs » selon les grammaires de référence
  • Usage attesté du singulier et du pluriel dans le cas d'un objet possédé par plusieurs personnes