En bref

  • Le pronominal s'accorde comme s'il était conjugué avec avoir, pas avec être.
  • La question à poser est : le pronom réfléchi répond-il à « qui ? » ou à « à qui ? »
  • Certains verbes n'existent qu'à la forme pronominale et accordent toujours avec le sujet.

« Elle s’est lavée » et « elle s’est lavé les mains » sont tous deux corrects, et la seule différence est ce qui suit le verbe. C’est là que se trouve toute la règle, et elle est plus courte que sa réputation : un verbe pronominal s’accorde comme s’il était conjugué avec avoir, jamais avec être — malgré les apparences.

Le principe de base

Les verbes pronominaux se conjuguent avec l’auxiliaire être. Cela donne l’illusion qu’ils devraient s’accorder avec le sujet, comme « elle est partie ». C’est faux dans la majorité des cas.

En réalité, l’auxiliaire être n’est ici qu’un substitut de l’auxiliaire avoir. La règle qui s’applique est donc celle du participe passé avec avoir : on accorde avec le complément d’objet direct, uniquement s’il est placé avant le verbe.

Le pronom réfléchi — me, te, se, nous, vous — est justement placé avant le verbe. Toute la question est de savoir s’il est complément d’objet direct ou indirect.

La manipulation qui tranche

Remplacez l’auxiliaire être par avoir, et posez la question après le verbe.

Elle s’est lavée. → Elle a lavé qui ? Elle-même. Le pronom répond à « qui », il est direct, placé avant : accord.

Elle s’est lavé les mains. → Elle a lavé quoi ? Les mains. C’est « les mains » qui est complément d’objet direct, et il est placé après le verbe. Le pronom « se » répond à « à qui » : elle a lavé les mains à elle-même. Il est indirect : pas d’accord.

La présence d’un complément d’objet direct après le verbe est donc le signal le plus fiable : s’il y en a un, le pronom est forcément indirect, et il n’y a pas d’accord.

PhraseComplément directAccord
Elle s’est coifféese (elle-même)Oui
Elle s’est coiffé les cheveuxles cheveux, aprèsNon
Ils se sont blessésseOui
Ils se sont blessé le genoule genou, aprèsNon
Elle s’est offert un voyageun voyage, aprèsNon

Les verbes qui accordent toujours

Certains verbes n’existent qu’à la forme pronominale : on ne peut pas « enfuir » quelqu’un, ni « souvenir » quelque chose. On les appelle essentiellement pronominaux.

Comme le pronom n’a aucune fonction grammaticale analysable — il fait partie du verbe — la question du complément d’objet ne se pose pas. L’accord se fait tout simplement avec le sujet.

  • Elles se sont enfuies.
  • Nous nous sommes souvenus de cette soirée.
  • Elle s’est évanouie.
  • Ils se sont méfiés de lui.
  • Elle s’est emparée du dossier.

Une exception à retenir dans cette famille : s’arroger, qui ne suit pas le lot. On écrit « les droits qu’ils se sont arrogés », avec accord sur le complément placé avant, et « ils se sont arrogé des droits », sans accord.

Les verbes qui n’accordent jamais

À l’inverse, certains verbes se construisent avec la préposition à. Le pronom réfléchi y est donc toujours indirect, et ne commande jamais l’accord.

On parle à quelqu’un, on téléphone à quelqu’un, on succède à quelqu’un, on nuit à quelqu’un.

  • Elles se sont parlé longuement.
  • Ils se sont téléphoné hier.
  • Les gouvernements se sont succédé.
  • Elles se sont souri.
  • Ils se sont plu dès le premier jour.
  • Nous nous sommes écrit tout l’été.

C’est la série qui produit le plus de fautes, parce que l’oreille réclame un accord que la grammaire refuse. Le moyen de ne pas se tromper est de reformuler avec un nom : « parler à Marie » — la préposition apparaît, et la question est réglée.

Le sens passif

Troisième cas, souvent oublié. Dans « ces livres se sont bien vendus », les livres ne se vendent pas eux-mêmes : ils ont été vendus. Le pronominal a ici une valeur passive.

L’accord se fait avec le sujet, sans analyse supplémentaire.

  • Ces maisons se sont construites en six mois.
  • La nouvelle s’est répandue vite.
  • Cette expression s’est imposée peu à peu.

Les pièges qui restent

Le complément placé avant. Si le complément d’objet direct est placé avant le verbe, l’accord se fait avec lui, même sur un verbe qui n’accorde habituellement pas. « Les mains qu’elle s’est lavées » — « que », mis pour « les mains », est direct et placé avant.

Le verbe suivi d’un infinitif. L’accord dépend de qui fait l’action de l’infinitif. « Elle s’est sentie tomber » : elle tombe, accord. « Elle s’est senti pousser » : quelqu’un d’autre la pousse, pas d’accord. Le cas est réputé difficile et il l’est.

« Se rendre compte » ne s’accorde jamais : « compte » est le complément d’objet direct, placé après. Elles se sont rendu compte.

« Se faire » suivi d’un infinitif reste invariable dans l’usage recommandé : elles se sont fait avoir, elle s’est fait construire une maison.

Le réflexe, en trois secondes

Face à un pronominal, posez-vous les questions dans cet ordre :

Le verbe existe-t-il sans le pronom ? Si non — s’enfuir, se souvenir — accordez avec le sujet, c’est terminé.

Le verbe se construit-il avec « à » ? Si oui — se parler, se succéder — n’accordez pas, c’est terminé.

Y a-t-il un complément d’objet direct après le verbe ? Si oui, n’accordez pas.

Sinon, accordez avec le sujet.

Ces quatre questions couvrent la quasi-totalité des cas rencontrés à l’écrit courant. Les situations vraiment épineuses — l’infinitif qui suit, les tournures impersonnelles — sont rares, et la meilleure stratégie devant un doute persistant reste de reformuler la phrase autrement.

Questions fréquentes

Pourquoi écrit-on elle s'est lavée mais elle s'est lavé les mains ?

Dans le premier cas, le pronom « se » est complément d'objet direct : elle a lavé qui ? elle-même. Placé avant le verbe, il commande l'accord. Dans le second, le complément d'objet direct est « les mains », placé après le verbe, et le pronom « se » devient complément indirect : elle a lavé les mains à qui ? à elle-même. Pas d'accord.

Comment savoir si le pronom est complément d'objet direct ?

Remplacez l'auxiliaire être par avoir et posez la question « qui ? » ou « quoi ? » juste après le verbe. Si le pronom réfléchi y répond, il est complément d'objet direct et l'accord se fait. S'il répond à « à qui ? », il est indirect et il n'y a pas d'accord.

Pourquoi ils se sont succédé ne prend-il pas de s ?

Parce qu'on succède à quelqu'un, avec la préposition à. Le pronom « se » est donc complément indirect et ne commande jamais l'accord. C'est le cas de plusieurs verbes qui se construisent indirectement : se parler, se téléphoner, se nuire, se sourire, se plaire.

Quels verbes s'accordent toujours avec le sujet ?

Les verbes essentiellement pronominaux, qui n'existent pas sans le pronom : s'enfuir, se souvenir, s'évanouir, s'abstenir, se méfier, s'emparer. Comme le pronom n'a aucune fonction analysable, l'accord se fait simplement avec le sujet. On écrit elles se sont enfuies.

Comment accorder les verbes pronominaux de sens passif ?

Avec le sujet, comme un passif ordinaire. Dans « ces livres se sont bien vendus », les livres ne se vendent pas eux-mêmes : ils ont été vendus. L'accord suit le sujet, sans qu'il y ait à analyser la fonction du pronom.

Sources et méthode

  • Règles d'accord du participe passé en grammaire française de référence