En bref

  • Remplacez « je » par « il » : « il sera » donne le futur, « il serait » donne le conditionnel.
  • Le futur affirme un fait à venir ; le conditionnel le soumet à une condition.
  • Après « si », on n'écrit jamais le futur ni le conditionnel : c'est l'imparfait qui suit.

Une seule lettre sépare « je serai » de « je serais », et à l’oral rien ne les distingue pour la plupart des locuteurs. C’est ce qui en fait l’une des confusions les plus fréquentes de l’écrit français — et l’une des plus repérées, parce qu’elle change le sens de la phrase.

Il existe un test qui la règle en deux secondes.

Le test de la troisième personne

Remplacez le sujet par « il » ou « elle ».

Demain, je ( serai / serais ) à Lyon. → Demain, il sera à Lyon. → futur → je serai

Avec plus de temps, je ( serai / serais ) venu. → Avec plus de temps, il serait venu. → conditionnel → je serais

La raison est simple : à la troisième personne, les deux formes ne se prononcent pas de la même façon. Sera et serait s’entendent, là où serai et serais se confondent. On emprunte donc l’oreille d’une personne où elle fonctionne encore.

Ce test marche avec tous les verbes, sans exception, et il ne demande aucune connaissance grammaticale.

PhraseTestRéponse
Je ( mangerai / mangerais ) plus tardil mangeramangerai
Je ( mangerai / mangerais ) bien une glaceil mangeraitmangerais
J’( irai / irais ) le voir demainil irairai
J’( irai / irais ) si j’avais le tempsil iraitirais

Ce que chaque temps affirme

Si le test ne suffit pas parce que la phrase peut se lire des deux façons, revenez au sens.

Le futur affirme. Il présente le fait comme certain, ou du moins comme prévu.

Je partirai à huit heures. (c’est décidé)

Le conditionnel suppose. Il soumet le fait à une condition, exprimée ou non.

Je partirais plus tôt si je pouvais. (ce n’est pas le cas)

Beaucoup de phrases acceptent les deux — et ce sont alors deux phrases différentes :

Je viendrai à la réunion. (je serai là) Je viendrais à la réunion. (mais quelque chose m’en empêche, ou c’est une proposition prudente)

C’est pour cette raison que l’erreur se remarque : elle ne produit pas une faute d’orthographe, elle produit un contresens.

La règle du « si », qui règle beaucoup de cas

Une règle simple élimine à elle seule l’erreur la plus visible.

Après « si » exprimant une hypothèse, on n’écrit ni le futur ni le conditionnel.

On emploie l’imparfait, et le conditionnel se place dans l’autre partie de la phrase.

Si j’aurais le temps, je viendrais. Si j’avais le temps, je viendrais.

Si je serais riche, j’achèterais une maison. Si j’étais riche, j’achèterais une maison.

Un moyen mnémotechnique classique, un peu brutal mais efficace : les « si » n’aiment pas les « -rais ».

Attention toutefois : cette règle vaut pour le « si » d’hypothèse. Le « si » interrogatif indirect, lui, accepte parfaitement le futur et le conditionnel.

Je me demande si je serai disponible. (interrogation, pas hypothèse) Il ne savait pas s’il viendrait. (idem)

Les autres emplois du conditionnel

Le conditionnel ne sert pas qu’à l’hypothèse. Trois emplois courants, où il est parfaitement correct sans qu’aucune condition n’apparaisse.

La politesse. Il adoucit une demande ou une affirmation.

Pourriez-vous m’aider ? (plus courtois que « pouvez-vous ») Je voudrais un renseignement.

L’information non confirmée. Très employé dans la presse, il signale que le fait est rapporté et non vérifié.

Le suspect aurait quitté le pays.

C’est un usage à connaître : écrire ce même fait au présent ou au futur reviendrait à l’affirmer.

Le futur dans le passé. Dans un récit, il exprime ce qui était à venir au moment décrit.

Il savait qu’il partirait un jour.

Les formes qui se ressemblent aussi

Deux confusions voisines, réglées par le même test.

« J’aimerai » et « j’aimerais ». Extrêmement fréquent dans les messages professionnels : « j’aimerai avoir votre retour » est un futur affirmatif, là où l’on voulait presque toujours écrire la formule de politesse « j’aimerais ».

il aimerait avoir votre retour → j’aimerais

Le futur antérieur et le conditionnel passé. Même logique, avec l’auxiliaire.

J’( aurai / aurais ) fini avant midi → il aura fini → j’aurai fini J’( aurai / aurais ) préféré qu’on m’en parle → il aurait préféré → j’aurais préféré

Un dernier repère

Si vous hésitez encore, posez-vous la question : est-ce que j’affirme, ou est-ce que je suppose ?

Un message qui dit « je serai présent » engage. Un message qui dit « je serais présent » laisse entendre qu’il y a un obstacle. Sur un courrier professionnel, la différence se remarque.

Comme pour « ces, ses, c’est, s’est » ou « quand, quant, qu’en », le réflexe qui marche n’est pas de comprendre la règle mais d’appliquer un test mécanique. Ici, ce test tient en trois lettres : remplacez par « il ».

Les verbes où l’écart s’entend encore

Une précision utile : la confusion n’existe qu’à la première personne du singulier, et seulement pour les locuteurs qui ne distinguent plus les deux sons.

Dans une partie du domaine francophone, la distinction reste audible : « je serai » se prononce avec un son fermé, « je serais » avec un son ouvert. Ceux qui la conservent n’ont pas ce problème à l’oral, et ils l’entendent chez les autres.

Pour tous les autres, le test de la troisième personne reste la seule méthode fiable — et il vaut mieux l’appliquer systématiquement que de se fier à une oreille qui ne tranche plus.

Aux autres personnes, aucune ambiguïté n’existe :

PersonneFuturConditionnel
jeseraiserais
tuserasserais
il, elleseraserait
nousseronsserions
vousserezseriez
ils, ellesserontseraient

Une seule ligne pose problème. C’est aussi pourquoi le test consiste précisément à en sortir.

Le futur simple et le futur proche

Une remarque de registre, qui n’est pas une faute mais qui compte à l’écrit.

Le futur proche — « je vais partir » — est très employé à l’oral et parfaitement correct. À l’écrit soutenu, il alourdit et donne un ton parlé.

Je vais vous envoyer le document. (oral, courrier informel) Je vous enverrai le document. (écrit professionnel)

Le futur simple est plus bref et plus net. Dans un message professionnel, il donne un engagement plus ferme — ce qui est en général l’effet recherché.

Le piège de la politesse mal placée

Une erreur fréquente dans les échanges professionnels, et elle produit l’inverse de l’effet voulu.

Je vous serai reconnaissant de bien vouloir…

Ici, l’auteur voulait être courtois et a écrit un futur, qui affirme. La formule de politesse demande le conditionnel :

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir…

Le test le confirme : il vous serait reconnaissant.

Même chose pour la plus fréquente de toutes :

J’aimerai avoir votre retouril aimeraitj’aimerais

Ces deux formules figurent dans des milliers de courriels chaque jour, et la faute se remarque d’autant plus qu’elle apparaît dans la phrase censée soigner le ton.

Questions fréquentes

Comment savoir si on écrit « je serai » ou « je serais » ?

Remplacez le sujet par « il ». Si la phrase donne « il sera », c'est le futur et l'on écrit « je serai ». Si elle donne « il serait », c'est le conditionnel et l'on écrit « je serais ». Ce test fonctionne avec tous les verbes et ne demande aucune analyse.

Écrit-on « si j'aurais » ?

Non, jamais. Après « si » exprimant une hypothèse, on emploie l'imparfait : « si j'avais ». Le conditionnel se place dans l'autre partie de la phrase : « si j'avais le temps, je viendrais ». C'est l'une des fautes les plus repérées à l'écrit.

Quelle est la différence de sens entre les deux ?

Le futur affirme quelque chose qui aura lieu : « je partirai demain ». Le conditionnel présente le fait comme soumis à une condition, ou l'atténue par politesse : « je partirais volontiers si je pouvais ». L'un annonce, l'autre suppose.

Le conditionnel s'emploie-t-il ailleurs que dans une hypothèse ?

Oui, dans trois autres cas courants : la politesse, où il adoucit une demande ; l'information non confirmée, dans la presse notamment ; et le futur vu depuis le passé, dans un récit rapporté.

Sources et méthode

  • Usage grammatical établi du français