En bref

  • La norme recommande « bien que », « quoique » ou « malgré le fait que » plutôt que « malgré que ».
  • La tournure est pourtant attestée chez de grands auteurs, de Proust à Gide.
  • Une construction reste admise sans discussion : « malgré qu'il en ait », qui signifie « quel que soit son déplaisir ».
  • Dans un écrit professionnel ou un examen, préférez « bien que » — cela ne vous coûte rien et évite le débat.

C’est l’une des rares tournures où la faute reprochée n’en est pas vraiment une. « Malgré que » est critiqué par la norme, employé par de grands auteurs, et incontestable dans un cas précis. Voici les trois éléments du dossier, pour que vous décidiez en connaissance de cause.

Ce que dit la norme

Les ouvrages de référence recommandent d’éviter « malgré que » comme conjonction concessive, et de lui préférer :

bien que · quoique · malgré le fait que

L’argument avancé est d’ordre grammatical : « malgré » est une préposition, qui appelle donc un nom — malgré la pluie, malgré ses efforts — et non une proposition introduite par « que ». La construction serait ainsi un mélange de deux logiques.

L’argument a sa cohérence. Il n’est pas décisif pour autant, car le français comporte de nombreuses locutions conjonctives formées exactement de la même manière : après que, avant que, depuis que, pendant que, sans que. Toutes associent une préposition à « que », et aucune n’est contestée.

Ce que fait l’usage

La tournure est attestée depuis longtemps et chez des écrivains dont on ne suspecte pas la maîtrise de la langue. Marcel Proust, André Gide et plusieurs de leurs contemporains l’emploient sans hésitation, et on la trouve bien avant eux.

À l’oral contemporain, elle est extrêmement répandue et ne choque pratiquement personne — sauf ceux qui connaissent la recommandation, et qui la relèvent d’autant plus volontiers.

Cette situation définit exactement ce qu’est un emploi critiqué : ni une faute que tout le monde condamnerait, ni un usage que personne ne relèverait. C’est une zone où la norme et l’usage divergent, et où le choix devient une question de contexte.

Le cas incontestable

Une construction échappe entièrement à la critique : « malgré qu’il en ait ».

Il devra s’exécuter, malgré qu’il en ait. Elle est devenue une référence, malgré qu’elle en ait.

Elle signifie « quel que soit son déplaisir », « à contrecœur », « qu’il le veuille ou non ». C’est une tournure ancienne et figée, où « en avoir » a le sens de « avoir de la mauvaise volonté », un emploi disparu partout ailleurs.

Elle appartient au registre soutenu et se rencontre surtout à l’écrit littéraire. Personne ne la conteste, y compris parmi ceux qui bannissent « malgré que » dans ses autres emplois.

Que faire, concrètement

La réponse dépend de ce que vous écrivez.

Dans un écrit soumis à correction — copie d’examen, rapport, publication, candidature — écrivez « bien que ». La substitution est immédiate, ne coûte rien, et vous évite un débat dont vous n’avez pas besoin.

Dans un échange courant, la question ne se pose pas : personne ne relèvera, et l’expression est parfaitement claire.

Si l’on vous corrige, vous connaissez maintenant les trois éléments du dossier : la recommandation existe, elle est fondée sur un argument grammatical discutable, et la tournure est attestée chez de bons auteurs. Cela suffit à répondre sans agressivité.

Le mode qui suit : là, pas de discussion

Un point sur lequel il n’y a aucun débat, et qui produit de vraies fautes : les conjonctions concessives se construisent avec le subjonctif.

Bien qu’il soit tard, nous continuons. ✓ Bien qu’il est tard, nous continuons. ✗

Quoiqu’elle ait raison, elle n’a pas été suivie. ✓ Malgré qu’il pleuve, ils sont partis. ✓ (pour le mode)

L’indicatif après « bien que » ou « quoique » est une faute que tout le monde relève, et elle est bien plus visible que le choix de la locution elle-même.

Le subjonctif après une concession se retrouve dans une autre construction souvent mal orthographiée, « quel que soit », où le verbe au subjonctif fait justement partie de la règle.

La solution qui règle tout

Souvent, la meilleure sortie n’est ni « malgré que » ni « bien que » : c’est la reformulation avec un nom.

Malgré qu’il pleuve, nous sortirons. → Malgré la pluie, nous sortirons. Bien qu’il ait des difficultés, il persévère. → Malgré ses difficultés, il persévère.

La phrase est plus courte, plus nette, et la question disparaît. C’est aussi un bon réflexe d’écriture en général : une proposition subordonnée qui peut devenir un groupe nominal allège presque toujours le texte.

Ne l’appliquez pas mécaniquement pour autant. Quand la concession porte sur une action précise, la subordonnée reste la formulation juste — et il faudra bien choisir entre « bien que » et « malgré que ».

Questions fréquentes

« Malgré que » est-il une faute ?

La norme le déconseille, mais la tournure est attestée chez des écrivains reconnus et comprise de tous. On ne peut donc pas la qualifier de faute au sens strict : c'est un emploi critiqué. Dans un écrit soumis à correction, préférez « bien que » ; dans un échange courant, personne ne relèvera.

Que dire à la place de « malgré que » ?

« Bien que » et « quoique » sont les équivalents directs, suivis du subjonctif. « Malgré le fait que » fonctionne aussi mais alourdit la phrase. Selon le contexte, une reformulation avec « malgré » suivi d'un nom est souvent la solution la plus élégante : « malgré la pluie » plutôt que « malgré qu'il pleuve ».

Que signifie « malgré qu'il en ait » ?

« Quel que soit son déplaisir », « à contrecœur ». C'est la seule construction où « malgré que » n'a jamais été contesté, car elle est ancienne et figée. Elle appartient au registre soutenu et se rencontre surtout à l'écrit littéraire.

Quel mode après « malgré que » ?

Le subjonctif, comme après « bien que » et « quoique » : malgré qu'il soit tard, malgré qu'elle ait raison. L'indicatif après ces conjonctions concessives est une faute que personne ne discute, contrairement à la locution elle-même.

Sources et méthode

  • Positions normatives des grammaires de référence sur la locution conjonctive malgré que
  • Attestations littéraires de la tournure chez les auteurs français des XIXe et XXe siècles