En bref
- Le son i s'écrit d'au moins dix façons en fin de mot : i, is, it, ie, ix, il, id, iz, y, ît. Ami, souris, nuit, folie, prix, fusil, nid, riz, jury et gît riment donc tous ensemble.
- La rime se juge à l'oreille : c'est le son final qui compte, pas les lettres. Tennis, maïs, huit, avril ou fils ne riment pas en i, parce que leur consonne finale se prononce.
- Une rime qui partage deux sons (ami, parmi) est dite suffisante ; trois sons (partie, sortie), elle est riche. Plus la rime est riche, plus elle s'entend.
- L'accord peut casser une rime : pris rime en i, prise rime en -ise. Finie, elle, garde le son i.
Un mot rime en i quand sa dernière syllabe prononcée se termine par le son i, quelle que soit la façon de l’écrire : ami, souris, nuit, folie, prix, fusil, nid, riz et jury riment tous ensemble. C’est l’oreille qui juge, pas l’œil. D’où le piège inverse : tennis, maïs ou huit finissent par un i écrit, mais ne riment pas en i, parce que leur consonne finale se prononce.
Le son i s’écrit de dix façons
C’est ce qui rend la rime en i si généreuse. Peu de sons du français disposent d’autant de graphies en fin de mot, et chacune apporte sa famille. Le tableau les range de la plus fréquente à la plus rare.
| Terminaison | Exemples | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| -i | ami, parmi, ennemi, souci, aussi, ainsi, ici, merci, midi, abri, cri, pari, mari, colibri, kiwi, taxi, ski, safari | La plus simple. Tous les jours de la semaine sauf dimanche : lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi. |
| -ui | lui, celui, oui, étui, ennui, appui, aujourd’hui | Le i est précédé d’un son glissé, mais la rime reste en i. |
| -is | paradis, tapis, radis, souris, gris, avis, permis, logis, brebis, colis, commis, puis, depuis, précis, exquis | Le s est muet. Attention aux exceptions où il se prononce, plus bas. |
| -it | lit, nuit, bruit, fruit, esprit, appétit, crédit, écrit, circuit, minuit, biscuit, produit, petit, habit, profit, récit | Le t est muet, sauf dans huit, pris isolément. |
| -ie | vie, pluie, envie, folie, amie, magie, bougie, prairie, mairie, ortie, sortie, partie, énergie, harmonie, mélodie, comédie, poésie, fantaisie, jalousie | Le e final est muet : c’est une rime féminine (voir plus bas). |
| -ix | prix, perdrix, crucifix | Le x est muet. Six et dix font exception. |
| -il | fusil, outil, gentil, persil, sourcil | Le l est muet. Il se prononce dans fil, cil, avril ou exil, qui ne riment donc pas en i. |
| -id, -iz | nid, riz | Deux mots isolés, mais très utiles. |
| -y | jury, rugby, whisky | Emprunts ; le y final se prononce i. |
| -ît, -hi | gît, trahi, ébahi, envahi | Rares, mais élégants dans un vers. |
Il faut ajouter à cette liste deux réservoirs presque inépuisables. Les noms en -erie d’abord : boulangerie, épicerie, galerie, rêverie, prairie, tous terminés par le son i. Et les participes passés des verbes en -ir : fini, choisi, grandi, réussi, parti, sorti, dormi, servi, suivi. Un poème en i ne manque jamais de rimes ; il manque plus souvent de rimes intéressantes.
Les faux amis : ils s’écrivent en i mais ne riment pas
C’est l’erreur la plus fréquente quand on cherche une rime en regardant les mots au lieu de les dire. Une consonne finale prononcée change la rime, même si l’orthographe ressemble à s’y méprendre à celle d’une vraie rime en i.
- S prononcé : tennis, maïs, iris, oasis, bis, vis, lis (la fleur), fils, jadis, gratis, tournevis. Ils riment en « iss », pas en i : tennis rime avec métis ou avec oasis, jamais avec souris.
- T prononcé : huit, quand il est dit seul ou en fin de groupe (« ils étaient huit »). Il rime alors avec « cuite » à l’oreille, et pas avec nuit.
- L prononcé : fil, cil, avril, exil, profil, subtil. Ils riment en « il ».
- X prononcé : phénix, mix. Six et dix se disent avec un son « s » quand ils sont employés seuls (« j’en ai six »), mais sans consonne finale devant un nom commençant par une consonne (« six livres »).
Le cas de six et de dix mérite qu’on s’y arrête, car il est authentique : la même orthographe se prononce de trois façons selon ce qui suit. « Six » seul, « six enfants » avec liaison en z, « six chaises » avec le seul son i. Nous revenons sur ces nombres, et sur leur écriture, dans notre guide pour écrire les nombres en lettres.
Même logique pour les homophones : ni, nid et nie se prononcent de la même façon et riment donc parfaitement entre eux. C’est le principe exploité par les jeux sur les mots de même son, comme ceux que nous détaillons dans sans, s’en, c’en, sang, cent.
Pauvre, suffisante ou riche : mesurer une rime
Une rime en i qui ne partage que le i final est une rime pauvre. Elle est correcte, mais elle s’entend peu, surtout sur un son aussi répandu. On gagne en force à mesure que les deux mots partagent davantage de sons avant le i.
| Type de rime | Sons partagés | Exemples en i |
|---|---|---|
| Pauvre | 1 : le i seul | ami / souris, lit / folie |
| Suffisante | 2 | ami / parmi (m-i), souci / aussi (s-i), abri / souris (r-i) |
| Riche | 3 ou plus | partie / sortie (r-t-i), comédie / tragédie (é-d-i) |
Un cas montre la difficulté : on compte des sons, pas des lettres. Pour trahi et envahi, les sons partagés sont le a et le i ; la rime est donc suffisante, pas riche. En revanche, partie et sortie partagent r, t et i : c’est une rime riche. De même mélodie et comédie ne partagent que d-i, précédé de deux voyelles différentes : la rime est suffisante. Comédie et tragédie, elles, partagent é-d-i : rime riche.
La méthode pratique tient en une phrase : prononcez les deux mots à voix haute et remontez depuis la fin, son par son, jusqu’au premier qui diffère. Le nombre de sons identiques donne la qualité de la rime.
Masculine ou féminine : le e muet qui change tout
La versification française distingue deux genres de rimes, sans rapport avec le genre grammatical.
- Rime féminine : le mot se termine par un e muet, suivi ou non de s ou de -nt. Vie, pluie, folie, envies, prient.
- Rime masculine : tout le reste. Ami, nuit, souris, prix.
Dans la poésie classique, une rime féminine ne rime qu’avec une rime féminine : « vie » et « ami » ne pouvaient pas se répondre, même si l’oreille moderne n’entend presque plus la différence. Les poètes alternaient de plus les rimes masculines et féminines d’une paire à l’autre. La tradition ajoutait une contrainte pour l’œil : un mot terminé par s, x ou z ne rimait qu’avec un mot terminé par l’une de ces lettres. « Ami » et « amis » se prononcent pareil, mais un versificateur classique ne les aurait pas associés.
En chanson, en slam ou pour une carte d’anniversaire, ces règles ne s’appliquent pas. Mais si l’on écrit un sonnet ou un pastiche de poésie classique, elles font la différence entre un exercice réussi et un exercice approximatif.
Quand l’accord casse la rime
C’est un piège que l’on rencontre surtout en écrivant, et rarement dans les listes de rimes. Un participe passé en -is ou en -it change de son au féminin, parce que la consonne jusque-là muette se met à sonner.
| Masculin (rime en i) | Féminin (ne rime plus en i) |
|---|---|
| pris, mis, assis, conquis | prise, mise, assise, conquise (son « iz ») |
| dit, écrit, construit | dite, écrite, construite (son « it ») |
| fini, choisi, parti | finie, choisie, partie (toujours en i) |
Concrètement, si vous faites rimer « la lettre qu’il a écrite » avec « nuit », la rime tombe : écrite se prononce « écrit-te ». Les participes en -i, eux, restent fidèles au son i quel que soit l’accord. Pour savoir quand le participe s’accorde, et donc quand ce piège se présente, voyez notre page sur l’accord du participe passé avec avoir.
Le même phénomène touche les adjectifs : gris devient grise, précis devient précise, exquis devient exquise, petit devient petite. Dans un poème, le genre du nom qualifié peut donc décider de la rime, ce qui oblige parfois à réécrire tout le vers.
Trouver une rime en i qui surprend
Le son i offre tant de rimes que la première qui vient est souvent la plus usée : ami et souci, vie et envie, nuit et ennui. Trois pistes aident à sortir de ces paires attendues.
La première consiste à changer de graphie : chercher la rime de « nuit » du côté des -il muets (fusil, persil, sourcil) ou des -y (whisky, rugby) plutôt que parmi les -uit. La seconde consiste à viser la rime riche : au lieu de faire rimer « partie » avec « vie », chercher un mot en -tie (sortie, ortie, amnistie, modestie). La troisième consiste à jouer sur les homophones, ni, nid et nie, ou pris et prix, qui donnent des rimes parfaites entre deux mots de sens très éloignés.
Enfin, une vérification évite la plupart des mauvaises surprises : lire ses rimes à voix haute, lentement, avant de les recopier. Un tennis ou un fils qui s’était glissé dans la liste s’entend tout de suite.
Questions fréquentes
Quels mots riment en i ?
Tous les mots dont la dernière syllabe prononcée se termine par le son i : ami, souci, merci, paradis, souris, nuit, esprit, folie, envie, prix, perdrix, fusil, outil, nid, riz ou jury. L'orthographe varie, mais le son final est le même.
Est-ce que « vie » rime avec « ami » ?
À l'oreille, oui : les deux mots finissent par le son i. Dans la versification classique, en revanche, vie est une rime féminine, parce qu'elle se termine par un e muet, et ami une rime masculine : les poètes classiques ne les faisaient pas rimer ensemble. En chanson ou en poésie moderne, l'association est courante.
Pourquoi « tennis » ne rime-t-il pas avec « souris » ?
Parce que le s final de tennis se prononce, alors que celui de souris est muet. Tennis se termine par le son « iss », souris par le son i. Même chose pour maïs, iris, oasis, fils, vis ou jadis.
Qu'est-ce qu'une rime riche en i ?
C'est une rime qui partage au moins trois sons, et pas seulement le i final. Partie et sortie partagent « r-t-i » : la rime est riche. Ami et parmi partagent « m-i » : elle est suffisante. Ami et souris ne partagent que le i : elle est pauvre.
Sources et méthode
- Prononciations de référence des dictionnaires usuels de la langue française, pour les consonnes finales muettes ou prononcées
- Traités de versification française : rime pauvre, suffisante et riche, rimes masculines et féminines, règle de la finale en s, x, z