En bref

  • Un adjectif de couleur ordinaire s'accorde : des chemises bleues, des murs blancs.
  • Une couleur venant d'un nom reste invariable : des yeux marron, des gants orange, des rideaux ocre.
  • Sept noms devenus de vrais adjectifs s'accordent quand même : écarlate, fauve, incarnat, mauve, pourpre, rose, vermeil.
  • Une couleur composée est toujours invariable : des yeux bleu-vert, des tissus vert clair, des robes bleu marine.

C’est l’une des rares règles du français où l’erreur est presque systématique, y compris chez de bons rédacteurs. Elle se ramène pourtant à trois cas, et le second est le seul qui demande un peu de mémoire.

Cas 1 : les adjectifs de couleur ordinaires s’accordent

Ce sont les mots qui n’ont jamais désigné autre chose qu’une couleur : bleu, vert, rouge, jaune, blanc, noir, gris, brun, blond, roux, violet.

Des chemises bleues. Des murs blancs. Des feuilles vertes.

Ils suivent la règle générale des adjectifs et s’accordent en genre et en nombre avec le nom. Aucune difficulté.

Cas 2 : les couleurs issues d’un nom restent invariables

C’est ici que se produit l’essentiel des fautes. Ces mots désignent d’abord une chose, et la couleur par abrègement : « des yeux marron » est une contraction de « des yeux de la couleur du marron ».

Comme c’est le nom qui est employé, et non un adjectif, il ne s’accorde pas :

Des yeux marron. Des gants orange. Des rideaux ocre. Une robe corail. Des murs crème.

La liste est longue et ouverte, puisque n’importe quel nom peut servir : abricot, argent, azur, bronze, brique, café, caramel, cerise, chocolat, citron, émeraude, indigo, ivoire, kaki, lavande, moutarde, noisette, olive, or, paille, prune, saumon, turquoise.

Un test simple pour reconnaître ces cas : si le mot désigne une chose que l’on peut voir ou toucher, il ne s’accorde pas. Un marron se ramasse, une orange se mange, une émeraude se porte.

L’exception à retenir : sept mots

Quelques noms de couleur sont employés depuis si longtemps qu’ils ont cessé d’être perçus comme des noms. Ils sont devenus de véritables adjectifs et s’accordent normalement :

écarlate · fauve · incarnat · mauve · pourpre · rose · vermeil

Des robes roses. Des étoffes pourpres. Des joues écarlates. Des reflets fauves.

C’est la seule liste à mémoriser de toute la règle. Dans la pratique courante, seuls rose, mauve et pourpre apparaissent fréquemment — les quatre autres appartiennent à un registre plus littéraire.

Un cas voisin mérite d’être signalé : châtain s’accorde en nombre — des cheveux châtains — mais son féminin reste discuté, et l’usage prudent consiste à l’éviter au féminin singulier.

Cas 3 : les couleurs composées ne s’accordent jamais

Dès que la couleur est exprimée par plus d’un mot, l’ensemble devient invariable. Deux configurations.

Un adjectif nuancé par un autre mot : vert clair, bleu foncé, rouge vif, jaune pâle, gris souris.

Des tissus vert clair. Des yeux bleu foncé. Des chemises jaune pâle.

Deux couleurs juxtaposées, reliées par un trait d’union : bleu-vert, gris-bleu, jaune-orangé.

Des yeux bleu-vert. Des étoffes gris-bleu.

Cette règle a une conséquence contre-intuitive qui vaut d’être vue côte à côte :

Des chemises bleues. (un seul mot, accord) Des chemises bleu clair. (deux mots, invariable)

Le raisonnement est logique : dans le second cas, « bleu clair » forme un bloc qui fonctionne comme un nom de teinte, et un bloc ne s’accorde pas.

Le tableau de synthèse

CasAccordExemples
Adjectif de couleur simpleouides murs blancs, des feuilles vertes
Couleur issue d’un nomnondes yeux marron, des gants orange
Les sept exceptionsouides robes roses, des joues écarlates
Couleur composéenondes tissus vert clair, des yeux bleu-vert
Deux couleurs pour un même objetnondes drapeaux bleu blanc rouge

La dernière ligne mérite un mot : quand plusieurs couleurs coexistent sur chaque objet, l’ensemble reste invariable, car aucune couleur ne qualifie seule le nom. En revanche, si chaque objet porte une couleur différente, l’accord reprend ses droits — « des drapeaux verts et rouges » désigne des drapeaux dont certains sont verts et d’autres rouges.

Pourquoi cette règle résiste

Elle demande de savoir si un mot était à l’origine un nom, ce qui n’est pas une information disponible à l’oral et ne s’entend jamais. « Des yeux marron » et « des yeux marrons » se prononcent identiquement.

Elle a aussi contre elle l’analogie : puisque rose s’accorde, pourquoi pas orange ? La réponse — l’ancienneté de la lexicalisation — n’a rien d’intuitif et relève de l’histoire de la langue plutôt que de sa logique.

Un moyen mnémotechnique tient en une question, posée dans cet ordre : le mot désigne-t-il une chose ? Si oui, pas d’accord, sauf s’il figure dans la liste des sept. Si le mot n’a jamais désigné qu’une couleur, l’accord se fait. Et dès qu’il y a deux mots, plus rien ne s’accorde.

Cette résistance n’est pas propre aux couleurs. L’autre règle d’accord que l’usage n’a jamais réussi à simplifier est celle du participe passé avec « avoir », pour la même raison : elle demande d’analyser la phrase avant d’écrire.

Questions fréquentes

Écrit-on « des yeux marron » ou « des yeux marrons » ?

« Des yeux marron », sans s. Marron est d'abord un nom, celui du fruit du châtaignier, employé par abrègement de « de la couleur du marron ». Cet emploi ne s'accorde pas. Le même raisonnement vaut pour orange, ocre, olive, citron, noisette, turquoise ou paille.

Pourquoi « des robes roses » avec un s ?

Parce que rose fait partie des quelques noms de couleur si anciennement lexicalisés qu'ils sont devenus de véritables adjectifs. Ils sont sept : écarlate, fauve, incarnat, mauve, pourpre, rose et vermeil. Ils s'accordent normalement, ce qui en fait la liste d'exceptions à mémoriser.

Comment accorder « vert clair » ou « bleu marine » ?

On n'accorde pas. Dès qu'une couleur est exprimée par plusieurs mots — un adjectif nuancé par un autre, ou deux couleurs juxtaposées — l'ensemble reste invariable : des tissus vert clair, des yeux bleu-vert, des vestes bleu marine, des cheveux châtain foncé.

Faut-il un trait d'union entre deux couleurs ?

Oui quand les deux couleurs se mélangent dans la même teinte : des yeux bleu-vert, une étoffe gris-bleu. Non quand un mot en nuance un autre : vert clair, bleu foncé, rouge vif. Dans les deux cas, l'ensemble reste invariable.

Sources et méthode

  • Règles d'accord des adjectifs de couleur établies par les grammaires de référence du français