En bref

  • Avec « avoir », le participe passé ne s'accorde que si le complément d'objet direct est placé avant le verbe.
  • Pas de complément d'objet direct, ou complément placé après : le participe reste invariable.
  • Le test : posez la question « qui ? » ou « quoi ? » après le verbe. Si la réponse se trouve avant, il y a accord.
  • « Fait » suivi d'un infinitif est toujours invariable : les travaux qu'il a fait faire.

La règle tient en une phrase : avec l’auxiliaire « avoir », le participe passé s’accorde uniquement si le complément d’objet direct est placé avant le verbe. Tout le reste — les listes d’exceptions, les cas d’école, les débats sur la réforme — se greffe sur ce principe unique. Commençons par le tenir fermement.

Les trois situations, et rien d’autre

Premier cas : il n’y a pas de complément d’objet direct. Le participe reste invariable, quel que soit le sujet.

Elles ont téléphoné hier soir. Nous avons couru jusqu’à la gare.

C’est le cas le plus fréquent, et il ne pose jamais de difficulté : sans objet, rien avec quoi s’accorder.

Deuxième cas : le complément d’objet direct est placé après le verbe. Le participe reste invariable.

Elle a cueilli des fleurs. Nous avons écrit trois lettres.

C’est l’ordre normal de la phrase française, et c’est pourquoi l’immense majorité des participes rencontrés ne portent aucune marque.

Troisième cas : le complément d’objet direct est placé avant le verbe. Le participe s’accorde avec lui.

Les fleurs qu’elle a cueillies sentaient bon. Ces lettres, nous les avons écrites hier.

Trois situations seulement déplacent le complément vers l’avant : le pronom relatif « que », les pronoms personnels « le », « la », « les », « nous », « vous », « me », « te », et la phrase interrogative ou exclamative — « Quelles erreurs avons-nous commises ? ».

Le test, en deux mouvements

Il consiste à identifier le complément d’objet direct, puis à regarder où il se trouve.

Posez la question « qui ? » ou « quoi ? » juste après le verbe. Pas « à qui », pas « de quoi » : ces formes signalent un complément indirect, qui ne commande jamais l’accord.

« Les lettres que nous avons écrites » → nous avons écrit quoi ? les lettres → complément d’objet direct. « Les amis à qui nous avons écrit » → nous avons écrit à qui ? aux amis → complément indirect, donc pas d’accord.

Regardez la position de la réponse. Si elle figure avant le verbe, accordez. Si elle vient après, ou si la question reste sans réponse, laissez invariable.

Une astuce d’oreille complète le test pour les participes dont la finale s’entend : remplacez le participe par « fait » ou « pris ». Si vous entendez « faites » ou « prises », l’accord s’impose. « Les lettres que nous avons faites » sonne juste, donc « écrites ».

Les trois pièges qui font trébucher

Le participe suivi d’un infinitif. L’accord dépend d’une question précise : le complément placé avant fait-il l’action de l’infinitif ?

Les cantatrices que j’ai entendues chanter. — Ce sont elles qui chantent : accord. Les airs que j’ai entendu chanter. — Les airs ne chantent pas, ils sont chantés : pas d’accord.

Le même raisonnement vaut pour « vu », « senti », « regardé », « écouté ». Deux verbes échappent à ce mécanisme et méritent d’être mémorisés comme des blocs : « fait » suivi d’un infinitif est toujours invariable — « les travaux qu’il a fait faire », « elle s’est fait construire une maison ». Quant à « laissé », les recommandations orthographiques de 1990 préconisent l’invariabilité systématique, tandis que l’usage classique lui appliquait la règle d’« entendu ». Les deux graphies se rencontrent ; l’invariable est la plus sûre.

Le pronom « en ». L’usage établi retient l’invariabilité, parce que « en » exprime une quantité indéterminée qui ne porte ni genre ni nombre.

Des livres, j’en ai lu beaucoup. De ces erreurs, nous en avons commis.

Les compléments qui ressemblent à des objets sans en être. Certains verbes acceptent un complément de mesure, de durée ou de prix qui n’est pas un objet direct.

Les trois heures que j’ai couru. — On ne court pas « des heures » : c’est une durée. Les cent euros que ce livre m’a coûté. — C’est un prix.

Mais dès que le verbe passe au sens figuré, le complément redevient un véritable objet et l’accord reprend ses droits :

Les efforts que ce travail m’a coûtés. Les dangers que nous avons courus.

Le cas des verbes pronominaux

Il obéit à une logique propre, qu’il vaut mieux ne pas mélanger avec la précédente. La question à poser est celle du rôle du pronom réfléchi.

Elle s’est lavée. — « s’ » est complément d’objet direct, placé avant : accord. Elle s’est lavé les mains. — « s’ » est indirect, elle lave les mains à elle-même ; le complément direct « les mains » suit le verbe : pas d’accord. Les mains qu’elle s’est lavées. — Cette fois « les mains » est passé devant : accord.

Une même phrase, trois graphies, une seule règle appliquée à chaque fois.

Le tableau à garder sous les yeux

SituationAccordExemple
Pas de complément d’objet directnonElles ont couru
Complément placé aprèsnonJ’ai écrit trois lettres
Complément placé avantouiLes lettres que j’ai écrites
Complément indirectnonLes amis à qui j’ai écrit
Après « en »nonDes livres, j’en ai lu
« Fait » + infinitifjamaisLes travaux qu’il a fait faire
Infinitif, sujet de l’action placé avantouiLes cantatrices que j’ai entendues chanter

Une remarque pour finir, qui n’est pas une consolation mais un fait : cette règle a été importée de l’italien au XVIe siècle et n’a jamais correspondu à l’usage oral du français. Sa complexité n’est pas dans votre tête. Elle est dans la règle, ce qui est une raison de plus pour la ramener à son principe unique — le complément placé avant, et lui seul, déclenche l’accord — plutôt que d’en mémoriser les branches.

Questions fréquentes

Pourquoi écrit-on « les fleurs que j'ai cueillies » avec un s ?

Parce que le complément d'objet direct, représenté par « que » qui reprend « les fleurs », est placé avant le verbe. Le participe s'accorde alors avec lui, au féminin pluriel. Dans l'ordre inverse — « j'ai cueilli des fleurs » — le complément suit le verbe et le participe reste invariable.

Comment repérer le complément d'objet direct ?

Posez la question « qui ? » ou « quoi ? » juste après le verbe. « J'ai cueilli quoi ? » Les fleurs. Si la réponse figure avant le verbe dans la phrase, sous la forme d'un pronom comme « que », « la », « les », « nous », alors l'accord se fait. Si la réponse vient après, ou s'il n'y a pas de réponse, le participe reste invariable.

Faut-il accorder après le pronom « en » ?

L'usage établi est l'invariabilité : « des livres, j'en ai lu beaucoup ». Le pronom « en » a une valeur partitive qui ne porte ni genre ni nombre déterminés. L'accord se rencontre chez certains auteurs, mais l'invariabilité reste la forme sûre et recommandée.

Écrit-on « les efforts que ça m'a coûté » ou « coûtés » ?

Les deux existent, selon le sens. Au sens propre, « coûter » exprime un prix et son complément n'est pas un objet direct : « les cent euros que ce livre m'a coûté », invariable. Au sens figuré, « coûter » devient transitif : « les efforts que ce travail m'a coûtés », avec accord.

Sources et méthode

  • Règles d'accord du participe passé établies par les grammaires de référence du français
  • Recommandations orthographiques de 1990 pour le cas particulier de « laissé » suivi d'un infinitif