En bref
- « Est », le verbe être, se prononce è. Tous les mots qui finissent par ce son riment avec lui : jamais, palais, bouquet, poulet, forêt, succès, souhait, lait, paix ou respect.
- Le son è s'écrit d'une douzaine de façons en fin de mot : ais, ait, et, êt, ès, ai, aid, aix, ect, ey. C'est l'oreille qui juge, pas l'orthographe.
- Faux amis : la conjonction « et » se prononce é et ne rime pas avec « est ». Net, direct, correct ou l'est (le point cardinal) font sonner leur consonne finale et riment ailleurs.
- Le féminin fait souvent tomber la rime : secret devient secrète, frais devient fraîche, prêt devient prête.
Un mot rime avec « est » quand sa dernière syllabe prononcée se termine par le son è, ouvert, quelle que soit son orthographe : jamais, palais, bouquet, forêt, succès, souhait, paix et respect riment tous avec lui. L’oreille décide, pas l’œil. D’où les faux amis : la conjonction et se prononce é, et net ou direct font sonner leur consonne finale. Ils s’écrivent comme des rimes en è, mais n’en sont pas.
Le son è s’écrit d’une douzaine de façons
Comme le son i et le son o, le son è dispose en fin de mot d’une étonnante variété de graphies. C’est ce qui rend la rime avec « est » si facile à trouver, à condition de chercher au-delà des mots en -ais. Le tableau range les terminaisons de la plus fournie à la plus rare.
| Terminaison | Exemples | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| -et | bouquet, jouet, poulet, billet, juillet, bracelet, cabinet, secret, objet, projet, sifflet, ticket, carnet, volet, gilet, filet, muguet, perroquet | La plus riche des familles. Le t est muet. |
| -ais | jamais, mais, palais, marais, relais, frais, épais, désormais, français, anglais, japonais, et toutes les formes je/tu de l’imparfait : j’étais, tu chantais | Le s est muet. |
| -ait, -aient | lait, souhait, portrait, attrait, parfait, bienfait, extrait, et l’imparfait : il était, ils chantaient | Le t est muet, sauf parfois dans « un fait ». |
| -ès | après, près, très, exprès, succès, accès, excès, progrès, procès, cyprès, abcès, décès, congrès | Le s est muet. Exception : l’adjectif exprès, plus bas. |
| -êt | forêt, intérêt, arrêt, prêt, genêt, apprêt | L’accent circonflexe ne change pas la rime. |
| -ai | vrai, balai, essai, délai, minerai, geai, mai | Le son hésite entre é et è selon les mots et les régions. |
| -aid, -aix | laid ; paix, faix | Le d et le x sont muets. |
| -ect | respect, aspect, suspect | Le c et le t sont muets. Ailleurs, ils sonnent. |
| -ey, -ay | poney, jockey, volley, tramway (selon les locuteurs) | Emprunts, souvent prononcés è. |
L’imparfait et le conditionnel forment un réservoir presque sans fond. Toutes les formes en -ais, -ait et -aient se prononcent è : j’aimais, il finirait, ils voudraient. Une chanson peut en aligner autant qu’elle veut, au risque de la monotonie que nous verrons plus loin.
Les faux amis : ils ressemblent à une rime en è, mais n’en sont pas
L’erreur vient presque toujours d’une liste lue des yeux, ou d’une prononciation relâchée. Une consonne finale prononcée déplace la rime vers un autre son, et une voyelle fermée la déplace vers é.
- La conjonction « et » : elle se prononce é, comme blé ou été. Elle ne rime donc pas avec « est » en prononciation soignée, même si l’on entend souvent les deux confondus.
- T prononcé : net, sept, cet, fret, set. Ils riment en « ète », avec bête ou fête, et non avec bouquet.
- CT prononcé : direct, correct, exact, infect, abject. Ils riment en « ekt ». Seuls respect, aspect et suspect gardent le c et le t muets.
- S prononcé : l’est, le point cardinal, se dit « èst », comme l’ouest se dit « ouèst ». Il rime avec zeste ou geste, jamais avec le verbe est. Même piège pour l’adjectif exprès au masculin (« un envoi exprès »), qui fait sonner son s, alors que l’adverbe (« il l’a fait exprès ») ne le prononce pas.
- Mots en -é, -er, -ez : été, chanter, nez. Ils riment en é, fermé. Les confondre avec les mots en è donne une rime approximative, acceptée en chanson, refusée en poésie classique.
Le cas de « et » et de « est » est authentique et mérite qu’on s’y arrête. À l’écrit, la confusion entre les deux mots est rare ; à l’oral, beaucoup de locuteurs prononcent les deux de la même façon. La différence se retrouve à l’identique entre le futur « je serai » (é) et le conditionnel « je serais » (è), que l’on départage par un test simple, détaillé dans notre page sur le futur ou le conditionnel.
Le son è a enfin sa famille d’homophones : est, ai (selon les régions), aie, aies, ait, haie, lait, laid, les formes « tu es » et « il est ». Ils riment parfaitement entre eux, comme ni, nid et nie dans la liste des rimes en i.
Pauvre, suffisante ou riche : mesurer une rime avec « est »
Une rime qui ne partage que le è final est pauvre. Elle reste correcte, mais elle s’entend peu, et le son è est si fréquent, imparfait oblige, qu’une rime pauvre en è passe presque inaperçue. On gagne en force à mesure que les deux mots partagent davantage de sons avant le è.
| Type de rime | Sons partagés | Exemples en è |
|---|---|---|
| Pauvre | 1 : le è seul | jamais / bouquet, forêt / souhait |
| Suffisante | 2 | jouet / fouet (w-è), jamais / désormais (m-è), forêt / arrêt (r-è) |
| Riche | 3 ou plus | sifflet / soufflet (f-l-è), cyprès / après (p-r-è), succès / accès (k-s-è), billet / juillet (i-y-è) |
On compte des sons, pas des lettres. Billet et juillet ne s’écrivent pas de la même manière avant le è, mais les deux font entendre le même « ill » : la rime est riche. À l’inverse, chapelet et bracelet partagent beaucoup de lettres, mais pas le son qui précède le l, p d’un côté, s de l’autre : la rime n’est que suffisante, en l-è.
La méthode pratique ne change pas d’un son à l’autre : on prononce les deux mots à voix haute et l’on remonte depuis la fin, son par son, jusqu’au premier qui diffère. Elle vaut pour le son è comme pour les mots qui riment en o.
Masculine ou féminine : attention aux mots en -aie et -ette
La versification classique distingue la rime féminine, terminée par un e muet, et la rime masculine, qui regroupe tout le reste. Les mots en -ais, -et, -êt ou -ès sont des rimes masculines. Mais le son è se trouve aussi devant un e muet, et le mot change alors de catégorie.
Les noms en -aie (haie, monnaie, baie, craie, plaie, taie) se prononcent è, exactement comme lait. Pour l’oreille d’aujourd’hui, haie rime avec lait ; pour un poète classique, non, puisque l’une est féminine et l’autre masculine. Les poètes classiques alternaient les paires de rimes masculines et féminines : une strophe qui accumule les rimes en è doit les faire alterner avec une autre paire.
La tradition ajoutait une règle pour l’œil : un mot terminé par s, x ou z ne rimait qu’avec un mot terminé par l’une de ces lettres. Jamais pouvait rimer avec palais ou paix, pas avec bouquet. En chanson, en slam ou pour un texte de carte, ces règles ne s’appliquent pas ; dans un sonnet ou un pastiche, elles font la différence.
Quand l’accord fait tomber la rime
C’est le piège qu’on ne voit pas dans les listes. Beaucoup d’adjectifs qui riment en è au masculin changent de son au féminin, parce que la consonne muette se met à sonner.
| Masculin (rime en è) | Féminin (ne rime plus en è) |
|---|---|
| secret, complet, discret, inquiet | secrète, complète, discrète, inquiète (son « ète ») |
| parfait, laid | parfaite, laide (sons « ète », « ède ») |
| prêt | prête (son « ète ») |
| frais, épais, mauvais | fraîche, épaisse, mauvaise (sons « èche », « èsse », « èze ») |
| français, anglais | française, anglaise (son « èze ») |
Concrètement, si vous faites rimer « une lettre discrète » avec « bouquet », la rime tombe : il faut réécrire le vers, ou choisir un nom masculin pour garder l’adjectif au masculin. Les participes posent moins souvent le problème : ceux qui finissent par è sont rares, en dehors de fait et de ses composés (défait, refait, satisfait), qui donnent faite au féminin. Pour savoir quand le participe s’accorde, et donc quand ce piège se présente, voyez notre page sur l’accord du participe passé avec avoir.
Trouver une rime avec « est » qui surprend
Le son è offre tant de rimes que les premières qui viennent sont souvent les plus usées : jamais et désormais, bouquet et muguet, et surtout les imparfaits, qui riment tous entre eux sans le moindre effort. Une strophe entière en « -ait » s’entend comme une facilité.
Trois pistes aident à sortir de ces paires attendues. La première consiste à changer de graphie : pour répondre à jamais, on peut chercher du côté des -ès (cyprès, progrès) ou des -êt (forêt, genêt). La deuxième consiste à viser la rime riche, que la famille en -et rend facile : sifflet, soufflet, gilet, filet, volet, chapelet. La troisième consiste à jouer sur les homophones : lait, laid et haie, ou mai et mais, donnent des rimes parfaites entre des mots de sens très éloignés.
Une vérification évite enfin la plupart des mauvaises surprises : lire ses rimes à voix haute, lentement, avant de les recopier. Un « et », un « net » ou un « direct » glissé dans la liste s’entend tout de suite.
Questions fréquentes
Quels mots riment avec « est » ?
Tous les mots dont la dernière syllabe prononcée se termine par le son è : jamais, mais, palais, français, bouquet, jouet, poulet, billet, forêt, intérêt, après, succès, progrès, lait, souhait, portrait, paix ou respect. L'orthographe change, le son final reste le même.
Est-ce que « et » rime avec « est » ?
Pas en prononciation soignée. La conjonction « et » se dit é, fermé, comme dans « blé », alors que le verbe « est » se dit è, ouvert, comme dans « lait ». Beaucoup de locuteurs les confondent à l'oral, mais un poème qui fait rimer les deux s'entend comme une rime approximative.
Pourquoi « net » ne rime-t-il pas avec « bouquet » ?
Parce que le t final de net se prononce, alors que celui de bouquet est muet. Net rime avec sept, cet ou fret, en « ète ». Bouquet rime avec jouet, poulet et tous les mots en è.
Qu'est-ce qu'une rime riche avec « est » ?
Une rime qui partage au moins trois sons, et pas seulement le è final. Sifflet et soufflet partagent f-l-è, cyprès et après p-r-è, succès et accès k-s-è : ce sont des rimes riches. Jouet et fouet partagent w-è : la rime est suffisante. Jamais et bouquet ne partagent que le è : elle est pauvre.
Sources et méthode
- Prononciations de référence des dictionnaires usuels de la langue française, pour les consonnes finales muettes ou prononcées et l'opposition é / è
- Traités de versification française : rime pauvre, suffisante et riche, rimes masculines et féminines, règle de la finale en s, x, z