En bref

  • « Tache » sans accent = une marque, une salissure. « Tâche » avec accent = un travail à accomplir.
  • Le circonflexe de « tâche » vient du latin tasca : il marque un s disparu, comme dans « hâte » ou « pâte ».
  • Le test : si « travail » ou « mission » convient, mettez l'accent. Si « marque » convient, n'en mettez pas.
  • Même règle pour les verbes : « tacher un vêtement » contre « tâcher de venir ».

Deux mots, une seule prononciation ou presque, et un accent qui change tout. « Tache » sans accent est une marque, une salissure. « Tâche » avec accent est un travail à accomplir. Il n’y a aucune zone de recouvrement entre les deux.

Le test, en une seconde

Remplacez le mot par l’un des deux équivalents suivants. Un seul fonctionnera.

  • « travail » ou « mission » convient → écrivez tâche, avec accent.
  • « marque » ou « salissure » convient → écrivez tache, sans accent.

Deux exemples pour fixer la chose.

Il a laissé une tache sur la nappe. → une marque sur la nappe. ✔ Sans accent.

Cette tâche me prendra deux heures. → ce travail me prendra deux heures. ✔ Avec accent.

L’accent raconte une histoire

C’est ce qui rend la règle facile à retenir définitivement, plutôt qu’à réapprendre chaque fois.

« Tâche » vient du latin médiéval tasca. Le s s’est amuï à l’oral, puis a disparu de l’écriture, et le circonflexe en garde la trace. C’est le même phénomène que dans hâte, pâte, forêt, fenêtre, hôpital — partout où l’on trouve un circonflexe, il y a souvent eu un s.

« Tache » n’a jamais eu de s. Elle vient d’une autre racine, sans consonne à perdre, donc sans accent à porter.

C’est le genre de couple où l’étymologie fait mieux que n’importe quel moyen mnémotechnique, exactement comme pour « censé » ou « sensé », dont le c renvoie à toute la famille de recensement.

Les verbes suivent la même logique

L’erreur y est encore plus fréquente, parce que les deux verbes s’emploient couramment.

Tacher, sans accent, veut dire salir.

J’ai taché ma chemise. Ce vin tache.

Tâcher, avec accent, veut dire s’efforcer de. Il se construit avec de suivi de l’infinitif.

Tâche d’arriver à l’heure. Je tâcherai de vous répondre demain.

Deux repères qui suffisent : tâcher est presque toujours suivi de de ; et la formule figée « tâcher de » s’écrit toujours avec l’accent. Écrire « tacher de venir » ne veut rien dire — ce serait salir la venue de quelqu’un.

Le tableau complet

Sans accentAvec accent
une tache de caféune tâche ménagère
des taches de rousseurla répartition des tâches
tacher, se tachertâcher de, s’efforcer
détacher un vêtementune liste de tâches
sans tache, irréprochableun tâcheron

Notez la dernière ligne : tâcheron garde l’accent, puisqu’il désigne celui qui exécute une tâche. Et l’expression « sans tache », au sens d’irréprochable, n’en prend pas — une réputation sans tache est une réputation sans marque.

Un mot sur la réforme de 1990

On lit parfois que le circonflexe aurait été supprimé. C’est faux ici, et il vaut la peine d’être précis.

Les rectifications orthographiques de 1990 ont rendu l’accent circonflexe facultatif sur les lettres i et u dans certains cas — maitre, cout, paraitre sont devenus admis. Elles n’ont jamais touché le circonflexe sur a ni sur o, et elles ont expressément conservé tous les accents qui distinguent deux mots, précisément pour ne pas créer d’ambiguïté.

L’accent de tâche est donc obligatoire, hier comme aujourd’hui.

Les confusions voisines

Tache et tâche ne sont pas les seules paires que l’accent sépare. La même logique vaut pour :

  • sur / sûr — la préposition contre l’adjectif ;
  • du / dû — l’article contracté contre le participe passé de devoir ;
  • mur / mûr — la paroi contre le fruit ;
  • jeune / jeûne — l’âge contre la privation de nourriture.

Dans chacun de ces cas, l’accent n’est pas décoratif : il porte à lui seul la distinction de sens. C’est ce qui explique que la réforme de 1990 les ait tous laissés intacts.

Le raccourci à garder

Si vous ne devez retenir qu’une chose : l’accent, c’est le chapeau de celui qui travaille. Une tâche se fait, elle mérite son chapeau. Une tache, elle, se subit.

Et comme pour tous les homophones, c’est la substitution qui tranche, jamais la mémoire d’une règle — c’est la méthode que nous appliquons aussi bien pour « près » ou « prêt » que pour « quel que soit » ou « quelque soit ».

Questions fréquentes

Comment retenir lequel prend l'accent ?

Par substitution. Si « travail » ou « mission » fonctionne dans la phrase, c'est « tâche » avec accent. Si « marque » ou « salissure » fonctionne, c'est « tache » sans accent. Les deux ne conviennent jamais au même endroit.

Écrit-on « tâcher de faire » ou « tacher de faire » ?

Avec accent : « tâcher de » signifie s'efforcer de, et se rattache à la tâche, au travail. « Tacher » sans accent veut dire salir : « tacher de faire quelque chose » ne veut rien dire.

L'accent circonflexe de « tâche » a-t-il été supprimé en 1990 ?

Non. Les rectifications de 1990 ont rendu l'accent facultatif sur i et u dans certains cas, jamais sur a. Et elles ne touchent jamais un accent qui distingue deux mots : supprimer celui de « tâche » créerait une confusion, ce que la réforme évite expressément.

D'où vient cet accent ?

Du latin médiéval tasca. Le s s'est amuï à l'oral puis a disparu de l'écriture, et le circonflexe en garde la trace. C'est le même mécanisme que dans hâte, pâte, forêt ou fenêtre. « Tache », elle, vient d'une autre racine qui n'a jamais eu de s : elle n'a donc rien à porter.

Sources et méthode

  • Dictionnaires de référence de la langue française pour l'étymologie et les emplois attestés
  • Rectifications orthographiques de 1990 et leur portée sur l'accent circonflexe