En bref

  • Sans marque l'absence : on peut le remplacer par « avec » pour obtenir le sens contraire.
  • S'en s'écrit devant un verbe pronominal : si l'on peut dire « je m'en » à la place, c'est s'en (il s'en va → je m'en vais).
  • C'en veut dire « cela en » : c'en est trop, c'en est fini.
  • Cent prend un s quand il est multiplié et termine le nombre (deux cents), jamais quand un autre nombre suit (deux cent trois).

Six mots se prononcent de la même façon et n’ont rien à voir entre eux : sans, s’en, c’en, sang, cent et sent. Les trois premiers sont les plus piégeux, parce qu’ils apparaissent dans des tournures proches. Un test par mot suffit à trancher, et le plus utile est celui-ci : si vous pouvez dire « je m’en » à la place, il faut écrire s’en.

Le tableau en un coup d’œil

MotNatureTestExemple
sansprépositionRemplaçable par « avec » (sens contraire)Un café sans sucre
s’enpronom se + enDevient « je m’en » à la première personneIl s’en va
c’ence + enRemplaçable par « cela en »C’en est trop
sangnomLe liquide, ou la lignéeUne goutte de sang
centnombreLe nombre 100Cent mètres
sentverbe sentirRemplaçable par « sentait »Ça sent bon

Sans : l’absence

Sans est une préposition. Elle indique qu’une chose manque, qu’elle est exclue. C’est le contraire exact de « avec », et c’est ce qui fournit le test le plus rapide.

  • Il est parti sans son parapluie → il est parti avec son parapluie : la phrase fonctionne, c’est bien « sans ».
  • Elle travaille sans relâche → avec relâche : sens contraire, mais construction correcte.

Si le remplacement par « avec » donne une phrase absurde, ce n’est pas « sans ».

S’en : devant un verbe pronominal

S’en est l’association de deux pronoms : se, qui accompagne les verbes pronominaux (s’aller, se souvenir, se moquer), et en. On le trouve donc toujours juste devant un verbe.

Le test consiste à conjuguer le verbe à la première personne. Si l’on obtient « je m’en », c’était bien « s’en » :

  • Il s’en va → je m’en vais.
  • Elle s’en souvient → je m’en souviens.
  • Ils s’en moquent → je m’en moque.

Ce test est infaillible, et il permet d’éviter l’erreur la plus fréquente, « il sans va ». Il fonctionne exactement comme celui que nous proposons pour ces, ses, c’est et s’est.

C’en : cela en

C’en est une contraction de ce et de en. On peut toujours le remplacer par « cela en », et on ne le rencontre guère que dans quelques tournures figées :

  • C’en est trop → cela en est trop.
  • C’en est fini de ses promesses.
  • C’en était fait de sa tranquillité.

La confusion avec « s’en » est très répandue, parce que « s’en est trop » semble naturel à l’oreille. Mais il n’y a ici aucun verbe pronominal : le verbe est « être ». Le test de la première personne le confirme, puisque « je m’en suis trop » ne veut rien dire.

Sang et sent : les deux faciles

Sang est un nom : le liquide qui circule dans le corps, ou, au figuré, la lignée et le tempérament (« avoir le sang chaud »). On peut presque toujours placer un article devant : le sang, du sang.

Sent est le verbe sentir conjugué à la troisième personne du singulier du présent. Le test consiste à passer à l’imparfait :

  • Ce plat sent bon → ce plat sentait bon.
  • Il sent que quelque chose ne va pas → il sentait.

Cent : l’accord qui fait hésiter

Cent est le nombre 100. Sa seule difficulté est l’accord, et la règle tient en deux conditions qui doivent être réunies pour qu’il prenne un s :

  1. il est multiplié par un nombre placé devant lui ;
  2. il termine le nombre, sans autre nombre après lui.
ÉcriturePourquoi
deux cents eurosmultiplié et en fin de nombre : s
deux cent trois eurosun nombre suit : pas de s
cent eurospas multiplié : pas de s
trois cents millionsmillions est un nom, pas un nombre : s
page deux centvaleur d’ordinal (deux-centième) : invariable

Cette règle vaut aussi pour vingt (quatre-vingts, mais quatre-vingt-trois), et les rectifications orthographiques de 1990, qui ont généralisé les traits d’union dans les nombres, ne l’ont pas modifiée. Pour l’écriture complète des nombres, voir notre guide pour écrire les nombres en lettres.

Petit exercice

Complétez avec le bon mot :

  1. Il est sorti ___ manteau.
  2. Elle ___ souvient très bien.
  3. ___ est assez, j’arrête.
  4. Ce parfum ___ la vanille.
  5. Le billet coûte trois ___ euros.
  6. Il a obtenu trois ___ vingt points.

Corrigé : 1. sans (→ avec son manteau) · 2. s’en (→ je m’en souviens) · 3. C’en (→ cela en est assez) · 4. sent (→ sentait) · 5. cents (multiplié, en fin de nombre) · 6. cent (un nombre suit).

Le même raisonnement par substitution règle la plupart des homophones. Voir aussi quand, quant et qu’en, qui repose sur la même logique.

Questions fréquentes

Faut-il écrire « c'en est trop » ou « s'en est trop » ?

On écrit « c'en est trop ». C'est une contraction de « cela en est trop » : le « c' » représente « ce » ou « cela ». « S'en » ne s'emploie que devant un verbe pronominal, comme dans « il s'en va » ou « elle s'en souvient ».

Comment savoir s'il faut écrire sans ou s'en ?

Remplacez le mot par « avec ». Si la phrase garde un sens, même contraire, c'est la préposition « sans ». Sinon, conjuguez le verbe à la première personne : si vous obtenez « je m'en », il fallait écrire « s'en ».

Écrit-on deux cents euros ou deux cent euros ?

Deux cents euros, avec un s : cent est multiplié par deux et il termine le nombre. En revanche, on écrit deux cent cinquante euros, sans s, parce qu'un autre nombre suit cent.

Pourquoi écrit-on « page deux cent » sans s ?

Parce que dans ce cas cent a une valeur d'ordinal : on veut dire la deux-centième page. Employé comme ordinal, cent reste invariable, même quand il termine le nombre.

Sources et méthode

  • Règles de grammaire française sur les homophones grammaticaux et les pronoms adverbiaux
  • Règle d'accord de cent et de vingt, inchangée par les rectifications orthographiques de 1990